Le Maroc est-il devenu, en quelques mois, un nouvel acteur majeur des exportations de diesel vers l’Espagne ? La question agite les milieux pétroliers espagnols. Depuis l’embrasement du Moyen-Orient, les livraisons de gazole en provenance du Royaume chérifien se sont envolées, au point de déclencher une véritable alerte chez les professionnels du secteur.
Ces dernières semaines, quatre navires-citernes chargés de diesel ont accosté dans des ports espagnols après avoir quitté le Maroc. Une séquence qui intrigue d’autant plus que le Maroc ne dispose plus d’aucune raffinerie en activité depuis la fermeture de la Samir en 2015. De quoi alimenter toutes les interrogations sur l’origine réelle du carburant.
Dans les cercles pétroliers espagnols, les soupçons convergent vers une même hypothèse : le diesel pourrait être d’origine russe avant d’être réexporté depuis le Maroc. À ce stade, aucune autorité n’a confirmé cette hypothèse ni établi une quelconque violation des sanctions européennes. Mais cette simple possibilité suffit à provoquer une vive nervosité dans un secteur soumis à des règles de traçabilité de plus en plus strictes.
Pour les opérateurs espagnols, l’enjeu dépasse largement le seul cas marocain. Depuis les sanctions imposées à Moscou, les routes mondiales des produits pétroliers ont été profondément bouleversées. Des pays tiers se sont imposés comme des plateformes de redistribution des hydrocarbures, brouillant parfois la lecture de leur origine économique.
Le Maroc, grâce à sa position stratégique entre l’Europe, la Méditerranée et l’Atlantique, apparaît aujourd’hui comme un hub logistique de plus en plus influent dans ces nouveaux circuits commerciaux. Une montée en puissance qui suscite autant d’opportunités que d’interrogations.