À mesure que les élections approchent, les ambitions politiques semblent prendre le pas sur l’action gouvernementale. C’est en tout cas le reproche qui revient avec insistance au ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, où le tandem formé par Naima Benyahia et Abdeljabbar Rachidi est de plus en plus contesté, aussi bien pour son bilan que pour ses relations internes.
Au sein du Parti de l’Istiqlal, Abdeljabbar Rachidi n’est pas un simple cadre. Président du Conseil national du parti, il occupe une position hiérarchiquement supérieure à celle de Naima Benyahia dans l’organigramme istiqlalien. Mais au gouvernement, les rôles s’inversent brutalement. La ministre commande, le secrétaire d’État exécute.
Une inversion des rapports de force qui, selon plusieurs sources proches du dossier, ne serait jamais véritablement passée. Les couloirs du ministère bruissent depuis plusieurs mois de récits de tensions, de désaccords répétés et d’incidents entre les deux responsables. Chacun disposerait de son propre réseau de collaborateurs, chacun chercherait à imposer son agenda, au risque de transformer un ministère stratégique en terrain de rivalités permanentes. Les intéressés ne se sont pas publiquement exprimés sur ces informations.
Pendant ce temps, le bilan peine à convaincre
Lors du remaniement du 23 octobre 2024, le retour des secrétaires d’État avait été présenté comme un moyen de renforcer l’efficacité gouvernementale. Les critiques y voyaient déjà une opération destinée à satisfaire les équilibres politiques de la majorité. Près de deux ans plus tard, les interrogations refont surface.
Le ministère chargé de porter les politiques de solidarité est régulièrement critiqué pour la faiblesse de ses résultats, notamment sur les dossiers liés aux personnes en situation de handicap, à l’insertion sociale ou à l’accompagnement des populations vulnérables. Plusieurs observateurs estiment que les principales avancées sociales ont davantage reposé sur d’autres départements ministériels ou sur des initiatives impulsées au plus haut niveau de l’État.
Autre grief récurrent. Une présence institutionnelle jugée discrète sur le terrain social, alors que les déplacements politiques se multiplieraient à l’approche des prochaines échéances électorales. Cette perception nourrit les critiques de ceux qui accusent le tandem ministériel de privilégier la préparation de l’après-2026 plutôt que la gestion du présent.
Le calendrier du Prix Tamayuz de la Femme marocaine alimente lui aussi les commentaires. Selon plusieurs sources, son organisation aurait été avancée par rapport aux années précédentes. Des observateurs y voient une décision susceptible d’offrir une meilleure exposition médiatique dans un contexte préélectoral. Le ministère n’a pas expliqué publiquement les raisons de cette modification de calendrier.
Au sein même de la majorité, le dossier ne laisserait plus indifférent. Plusieurs sources politiques évoquent des discussions particulièrement tendues autour des performances du ministère, certains responsables estimant que ce département, censé incarner le volet social du gouvernement, est aujourd’hui davantage associé aux rivalités internes qu’aux résultats.
Le paradoxe est aujourd’hui pathétique. Un président du Conseil national qui se retrouve secrétaire d’État sous l’autorité d’une ministre de son propre parti. Une ministre qui exerce son pouvoir administratif sur un dirigeant qui lui est supérieur dans la hiérarchie partisane. Deux responsables condamnés à cohabiter alors que leurs rapports seraient devenus, selon plusieurs témoignages, de plus en plus difficiles pour ne pas dire exécrables.