Avec 493 327 tonnes exportées vers l’Union européenne lors de la campagne 2025-2026, contre 475 803 tonnes pour l’Espagne, le Royaume confirme son ascension sur un marché stratégique. En dix ans, les exportations espagnoles ont chuté de 37 %, tandis que celles du Maroc ont progressé de 22 %. Une recomposition qui fragilise les bastions agricoles andalous et redessine les équilibres concurrentiels en Europe.
Le Maroc consolide sa position sur le marché européen de la tomate. Pour la deuxième année consécutive, le Royaume a devancé l’Espagne en volume d’exportations vers l’Union européenne, confirmant une évolution qui semblait encore difficilement envisageable il y a une décennie. Selon les données d’Hortoinfo, établies à partir des statistiques d’ICEX-Eurostat, les exportations marocaines ont atteint 493 327 tonnes au cours de la campagne 2025-2026, contre 475 803 tonnes pour leur concurrent espagnol.
L’écart, d’environ 17 500 tonnes, reste relativement modeste. Mais sa portée économique dépasse la différence de volumes. Il traduit un déplacement progressif des positions sur un marché où l’Espagne a longtemps bénéficié de sa proximité géographique, de son savoir-faire agricole et de son intégration au marché communautaire. Désormais, le Maroc s’impose comme un fournisseur de premier plan, capable de gagner des parts de marché au moment où la filière espagnole réduit ses capacités d’exportation.
Les chiffres sur la dernière décennie donnent la mesure du changement. Depuis la campagne 2016-2017, les exportations espagnoles de tomates vers l’Union européenne ont reculé de 37 %, tandis que celles du Maroc ont progressé de 22 %. Cette évolution s’accompagne d’une augmentation de 269 % des importations espagnoles de tomates marocaines, illustrant l’intensification des échanges entre les deux pays, mais aussi la place grandissante prise par la production marocaine dans les circuits d’approvisionnement européens.
Le phénomène ne se limite pas au marché communautaire. Au Royaume-Uni, autre débouché historique de la tomate espagnole, la progression marocaine a considérablement réduit la place de la production ibérique. Ignacio Antequera, directeur de la Fédération espagnole des associations de producteurs-exportateurs de fruits, légumes, fleurs et plantes vivantes (FEPEX), évoque, dans les colonnes d’El Confidencial, un marché où les exportations espagnoles ont été « pratiquement évincées » au cours de la dernière décennie. Selon lui, une évolution comparable commence à se dessiner en Allemagne.
Cette percée intervient alors même que les prix espagnols demeurent légèrement supérieurs à ceux du Maroc. 2,14 euros le kilogramme contre 2,09 euros pour la campagne considérée. Un avantage tarifaire limité, qui n’a pas empêché le Royaume de dépasser son concurrent en volume. Les exportations espagnoles vers l’Union européenne ont néanmoins généré 1,017 milliard d’euros, preuve que la filière conserve un poids économique considérable malgré l’érosion de ses débouchés.