Les échanges entre Madrid et Rabat reculent en août, dans le sillage de la crise migratoire des 30 et 31 juillet. Le repli est modeste, mais il casse une dynamique.
Les secousses diplomatiques et sécuritaires se lisent aussi dans les chiffres douaniers. Trois mois après l’afflux de plus de 80 000 personnes en provenance du Maroc à Ceuta, les 30 et 31 juillet, les échanges commerciaux entre l’Espagne et le Maroc ont fléchi, sur les exportations comme sur les importations. L’expulsion des personnes encore présentes sur le territoire espagnol n’est pas achevée, et la ville autonome, privée de vie normale depuis près de trois mois, reste le point de cristallisation d’une crise dont les effets débordent désormais sur l’économie.
Selon DataComex, le portail statistique du ministère espagnol de l’Économie, du Commerce et des Entreprises, les exportations espagnoles vers le Maroc ont atteint 763,67 millions d’euros en août 2026, contre 771,87 millions un an plus tôt. La baisse, d’environ 1 %, est limitée en valeur. Elle est en revanche symbolique. Il faut remonter à 2021 (705,09 millions d’euros) pour retrouver un niveau inférieur, ce qui interrompt une tendance haussière tenue depuis cette date.
La plus forte baisse concerne les biens d’équipement avec 136,56 millions d’euros, contre 185,39 millions, soit environ -26 %. Ce segment, souvent lié aux projets industriels et d’infrastructures, est généralement sensible au climat d’investissement et à la confiance entre partenaires.
Pour les produits manufacturés de consommation, la chute a été d’environ -19 %, de 91,08 millions, contre 113,06 millions
Pour les semi-manufacturés, les échanges ont été de 162,7 millions, contre 169,79 millions. Quant au secteur automobile, ils ont été de 77 millions, contre 80,49 millions.
Côté marocain, les ventes vers l’Espagne s’établissent à 663,77 millions d’euros, contre 671,24 millions en août 2025. Là encore, l’écart est faible, mais il met fin à la progression observée en 2023, 2024 et 2025.
Le secteur automobile a été le plus touché avec 57,89 millions d’euros, contre 84,8 millions soit environ -32 %. Un signal à surveiller pour une filière centrale de l’offre exportatrice marocaine.
Il serait hâtif de parler de rupture. Un mois de données ne fait pas une tendance, et les variations restent contenues, de l’ordre de 1 % sur les flux globaux. La balance reste largement favorable à l’Espagne, qui conserve un excédent d’une centaine de millions d’euros sur le mois.
Mais le timing et la structure du repli ne passent pas inaperçus. Les biens d’équipement et l’automobile, deux segments à forte valeur ajoutée et à cycle d’investissement, sont les plus touchés des deux côtés du détroit. Ils sont aussi les plus exposés à un climat de défiance politique.