Alors que le Maroc a suspendu en août ses livraisons de diesel vers l’Espagne, le royaume a continué de recevoir d’importants volumes de gaz naturel espagnol. Une asymétrie énergétique qui intervient dans un contexte de tensions migratoires autour de Ceuta et relance les interrogations sur la dépendance stratégique entre les deux pays.
La relation entre le Maroc et l’Espagne obéit à une logique où les intérêts énergétiques ne coïncident pas toujours avec les tensions politiques et migratoires. En août 2026, alors que Ceuta faisait face à une nouvelle pression migratoire, les flux énergétiques entre les deux rives du détroit de Gibraltar ont révélé un contraste saisissant. L’arrêt des expéditions marocaines de diesel vers l’Espagne, d’un côté, et la poursuite des livraisons espagnoles de gaz naturel au royaume, de l’autre.
Selon les données de la Corporation des réserves stratégiques de produits pétroliers (Cores), organisme espagnol placé sous la tutelle du ministère de la Transition écologique, aucune livraison de diesel en provenance du Maroc n’a été enregistrée en août. Cette interruption intervient après plusieurs mois de forte progression des exportations marocaines, qui avaient atteint des niveaux records en mars, avril, mai et juin, avant de ralentir brutalement en juillet.
Cette évolution soulève une question centrale. Le Maroc disposait-il réellement d’une capacité d’approvisionnement autonome en diesel destinée au marché espagnol, ou une partie des volumes précédemment exportés provenait-elle de produits importés puis réexpédiés ?
Dès juillet, des interrogations avaient émergé en Espagne sur l’origine réelle du diesel exporté par le Maroc. L’hypothèse avancée était celle de carburants d’origine russe, importés au Maroc puis réexportés vers le marché espagnol.
La chute des expéditions marocaines, au moment où la Russie restreignait ses exportations de produits pétroliers dans un contexte d’attaques ukrainiennes contre ses raffineries, alimente cette interrogation. La concomitance des deux évolutions peut suggérer un lien entre les difficultés d’approvisionnement russes et l’interruption des flux en provenance du Maroc.
Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir l’origine russe des cargaisons précédemment expédiées. Une telle conclusion nécessiterait de disposer de données précises sur les importations marocaines, les cargaisons concernées et les circuits de réexportation.
Pendant que les expéditions de diesel marocain vers l’Espagne s’interrompaient, les flux de gaz naturel circulaient dans le sens inverse. Selon les chiffres de Cores, l’Espagne a livré au Maroc 785 GWh de gaz naturel en août, soit 26 % du volume total de ses exportations gazières au cours du mois.
Depuis janvier, les livraisons espagnoles au royaume ont atteint 5 735 GWh, en recul de 14 % par rapport à la même période de l’année précédente. Malgré cette baisse, le gaz acheminé depuis l’Espagne demeure un élément important de l’équilibre énergétique marocain.
Ces flux transitent par le gazoduc Maghreb-Europe, dont le fonctionnement a été réorienté après la décision de l’Algérie de ne pas renouveler le contrat de transit gazier avec le Maroc en 2021. En 2022, les premières livraisons de gaz en sens inverse ont permis au royaume de recevoir du gaz naturel liquéfié importé, notamment, par l’Espagne, puis regazéifié avant son acheminement vers le territoire marocain.
Cette configuration illustre la capacité du Maroc à mobiliser des infrastructures existantes pour diversifier ses sources d’approvisionnement. Elle révèle également une réalité moins confortable. Malgré ses ambitions énergétiques, le royaume reste exposé aux conditions d’accès aux marchés internationaux du gaz et aux capacités de regazéification et de transport disponibles chez ses partenaires.