Rabat pourrait franchir une nouvelle étape dans la modernisation de son arsenal de précision. Selon des informations en provenance d’Israël, les Forces armées royales (FAR) étudient activement l’acquisition du système LORA, développé par le géant israélien de l’armement Israel Aerospace Industries (IAI), avec un objectif précis, l’intégrer aux lance-roquettes multiples américains HIMARS déjà en dotation dans l’armée marocaine.
L’enjeu est de taille. Le HIMARS, dans sa configuration actuelle, permet de frapper des cibles jusqu’à environ 300 kilomètres. Avec le LORA, cette capacité grimperait à 400, voire 500 kilomètres, pour une précision redoutable, avec un écart circulaire probable inférieur à dix mètres. IAI annonce même, pour son missile, une enveloppe de tir allant de 90 à 430 kilomètres, avec des performances supérieures démontrées lors d’essais récents.
Concrètement, ce missile balistique sol-sol de 1 600 kg, long de 5,2 mètres et guidé par GPS/INS, pourrait être tiré depuis les plateformes mobiles marocaines quelques minutes seulement après la décision de tir, grâce à sa propulsion entièrement électrique et son électronique à l’état solide. De quoi transformer le parc HIMARS marocain en un outil de frappe dans la profondeur, capable d’atteindre des objectifs stratégiques bien au-delà des lignes de front.
Ce dossier s’inscrit dans la dynamique de rapprochement sécuritaire entre Rabat et Tel-Aviv, engagée depuis la normalisation des relations en décembre 2020. Le Maroc, déjà doté d’équipements militaires israéliens conséquents, verrait avec le LORA un approfondissement supplémentaire de ce partenariat stratégique.
Selon les informations disponibles, IAI devrait profiter du prochain salon aéronautique de Marrakech pour dévoiler officiellement le système aux autorités marocaines, une vitrine qui pourrait accélérer les discussions et ouvrir la voie à un contrat d’intégration, même si rien n’est encore signé à ce stade.
Signe que la technologie a franchi un cap opérationnel majeur. La marine allemande vient de tester avec succès la variante navale du système, le Naval LORA, dans le cadre du programme d’expérimentation OPEX, rattaché à la stratégie « Marine 2035 et au-delà ». Deux tirs réels ont été effectués depuis un navire de la Bundeswehr, le missile parcourant sa trajectoire de manière autonome jusqu’à toucher sa cible avec précision.
Conteneurisé, compact et conçu pour être installé sur des navires non prévus initialement pour ce type d’armement, le Naval LORA illustre la flexibilité du système, un argument de poids qu’IAI ne manquera pas de mettre en avant à Marrakech, y compris pour d’éventuelles déclinaisons navales ou aériennes au profit du Maroc.
Si l’hypothèse d’une intégration au HIMARS marocain tient la corde, aucun contrat n’a pour l’heure été officiellement conclu. Les prochains mois, et notamment le salon de Marrakech, seront déterminants pour savoir si cette ambition capacitaire se traduira par un accord ferme. Une chose est sûre : en misant sur le LORA, le Maroc confirme sa volonté de se hisser au rang des puissances régionales capables de frapper loin, vite et avec précision.