Ils sont plus de 377 000, parlent italien avec l’accent des régions du Nord, font tourner des commerces, remplissent les salles de classe et alimentent, par leur travail et leurs transferts, deux économies à la fois. Les Marocains d’Italie s’imposent aujourd’hui comme l’une des communautés étrangères les plus structurées, les plus jeunes et les plus intégrées du pays.
Deuxième communauté non européenne après les Roumains, les Marocains représentent près de 10 % de l’ensemble des ressortissants hors UE vivant légalement en Italie. Un poids démographique qui n’a rien d’anecdotique : en vingt ans, leur présence a progressé de près de 60 %, passant de 235 000 personnes en 2005 à plus de 377 000 fin 2024. Une croissance continue, reflet d’une immigration plus récente que celle vers l’Europe du Nord, mais désormais profondément enracinée.
Le cœur de cette diaspora bat au nord de l’Italie, où résident près des deux tiers des Marocains. Lombardie, Émilie-Romagne et Piémont concentrent à elles seules près de la moitié de la communauté. Milan, Turin, Bologne : autant de pôles économiques où la main-d’œuvre marocaine s’est imposée comme un rouage essentiel de l’industrie, du commerce, du bâtiment et des services.
Jeune, la communauté l’est indéniablement. Un Marocain sur cinq est mineur, et l’âge moyen ne dépasse pas 37 ans. Les écoles italiennes en témoignent : plus de 115 000 élèves marocains étaient inscrits lors de l’année scolaire 2023-2024, soit plus de 15 % des élèves non européens. À l’université, les effectifs restent modestes, mais progressent rapidement, signe d’une deuxième génération qui investit de plus en plus l’enseignement supérieur.
Sur le marché du travail, les Marocains d’Italie sont omniprésents, même si leur situation reste contrastée. En 2024, ils ont cumulé plus de 225 000 embauches, soit plus d’un recrutement sur dix parmi les travailleurs non européens. L’agriculture, les services et l’industrie figurent en tête. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus fragile : contrats courts, précarité persistante et forte inégalité entre hommes et femmes. Seules 21 % des Marocaines occupent un emploi, contre près de 70 % des hommes, un écart qui pèse lourd sur l’inclusion sociale.
Autre visage de la réussite : l’entrepreneuriat. Avec plus de 56 000 chefs d’entreprise individuels, les Marocains occupent la première place parmi les ressortissants hors UE. Épiceries, commerces de détail, services de proximité : autant d’activités qui participent à la vitalité économique des territoires italiens.
Cette diaspora joue aussi un rôle stratégique pour le Maroc. En 2024, les transferts de fonds depuis l’Italie ont représenté 7 % de l’ensemble des envois vers le Royaume, faisant de l’Italie la troisième source de remises. Un apport vital, équivalant à plus de 8 % du PIB marocain, qui illustre le lien économique fort entre les deux rives de la Méditerranée.
Jeune, nombreuse et durablement installée, la communauté marocaine en Italie incarne une réussite migratoire réelle, mais encore incomplète. Entre intégration scolaire, insertion professionnelle et égalité des chances, elle demeure un enjeu central pour les politiques publiques italiennes — et un atout stratégique pour le Maroc.