À Rabat, la construction de la future école espagnole entre dans sa phase finale. Mais derrière ce chantier éducatif, un dossier sensible s’est progressivement imposé, mêlant dépassements budgétaires, critiques institutionnelles et arbitrages politiques entre Madrid et Rabat.
Initialement estimé à 17,3 millions d’euros en 2020, en pleine pandémie de COVID-19, le projet financé par le gouvernement de Pedro Sánchez affiche aujourd’hui un coût total de plus de 21,6 millions d’euros, auquel s’ajoutent 659 000 euros pour les études et la conception.
Attribué en avril 2021 à l’entreprise Constructora Interurbana SA pour une durée de 36 mois, le chantier accuse non seulement du retard, mais aussi un surcoût de plus de 5 millions d’euros. Six ans après son lancement, l’infrastructure n’est toujours pas livrée.
Au cœur du montage, un accord bilatéral entre Madrid et Rabat. Le Maroc a cédé gratuitement un terrain de deux hectares dans le quartier Agdal, emplacement stratégique de la capitale.
Mais cette cession n’était pas sans contrepartie implicite : l’Espagne devait lancer rapidement les travaux, sous peine de perdre le bénéfice du foncier. Une pression qui explique, selon plusieurs sources, l’accélération du projet côté espagnol, quitte à prioriser ce chantier au détriment d’autres.
La première polémique éclate avec un rapport de la Cour des comptes espagnole. L’institution met en évidence des irrégularités dans la procédure d’attribution du marché, notamment l’absence de justification de certains éléments contractuels, le manque de documentation obligatoire et le traitement administratif jugé incomplet.
Des observations qui fragilisent la transparence du projet et alimentent les critiques en Espagne, notamment dans un contexte post-pandémique marqué par de fortes tensions sur les finances publiques.
Autre effet collatéral : le ralentissement d’un projet éducatif majeur à Ceuta. La construction du méga-centre El Brull, attendue de longue date, reste bloquée.
Selon des sources locales, Madrid aurait fait un choix clair : prioriser Rabat pour sécuriser le terrain offert par le Maroc. Un arbitrage politique assumé, mais contesté, qui alimente le débat en Espagne sur la hiérarchisation des investissements publics.
Au-delà des controverses, ce projet s’inscrit dans une logique plus large de rapprochement stratégique entre Rabat et Madrid. La future école, qui devrait accueillir 1 000 élèves à l’horizon 2026, constitue un outil d’influence culturelle et éducative.
La visite en décembre 2023 du ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares sur le site en construction confirme l’importance accordée à ce dossier au plus haut niveau de l’État espagnol.
À Rabat, l’école espagnole sera bien livrée. Mais à Madrid, elle restera comme un projet sous tension, révélateur des arbitrages complexes entre diplomatie, finances publiques et priorités nationales.