Pendant des semaines après la CAN 2025 organisée au Maroc, certains responsables sénégalais, membres du staff et observateurs proches de la sélection avaient multiplié les critiques. Hôtels, organisation, accueil, logistique. Tout semblait sujet à contestation. Comme si le Royaume, qui avait pourtant mis à disposition des infrastructures unanimement saluées par la majorité des délégations africaines, était devenu le responsable idéal de toutes les frustrations sénégalaises.
Aux États-Unis, où les Lions de la Teranga disputent la Coupe du monde 2026, les difficultés ne viennent plus de l’organisateur. Elles viennent de l’intérieur.
Alors que la sélection joue sa survie sportive dans un groupe particulièrement relevé, les révélations se succèdent sur les coulisses chaotiques de son séjour américain. Primes impayées malgré les importantes recettes engrangées grâce à la CAN et à la qualification au Mondial. Hôtel jugé très en dessous des standards attendus pour une sélection de ce niveau. Restauration contestée au point que certains joueurs auraient préféré commander leurs repas à l’extérieur. Et surtout, un sélectionneur maintenu en poste alors même que son contrat est arrivé à échéance et que plusieurs mois de salaires lui seraient toujours dus.
La comparaison avec la CAN marocaine est inévitable
À Tanger, les Lions avaient bénéficié d’un encadrement logistique de premier ordre, d’installations modernes et d’un environnement de travail salué par de nombreux observateurs. Aujourd’hui, ce sont les propres choix de la Fédération sénégalaise qui se retrouvent au cœur des interrogations.
La question devient alors embarrassante : où sont passés les millions générés par les performances récentes de la sélection ? Comment expliquer qu’une équipe parmi les plus prestigieuses du continent se retrouve confrontée à des problèmes que l’on croyait définitivement appartenir au passé ?
Le cas de Pape Thiaw symbolise à lui seul ce malaise. L’homme qui a conduit le Sénégal jusqu’à la phase finale du Mondial poursuit sa mission sans sécurité contractuelle claire et avec plusieurs mois d’arriérés de rémunération. Une situation difficilement concevable dans une fédération qui ambitionne de rivaliser avec les meilleures nations mondiales.
Le plus frappant reste cependant le silence. Lorsque les critiques visaient le Maroc, les déclarations étaient abondantes. Aujourd’hui, face à des difficultés autrement plus sérieuses, les langues semblent soudainement beaucoup moins bavardes.
Le football possède parfois une mémoire redoutable. Ceux qui dénonçaient hier les prétendues insuffisances de leurs hôtes découvrent aujourd’hui que la véritable fragilité ne se trouvait peut-être pas là où ils le pensaient.
À mesure que les révélations s’accumulent sur la gestion du séjour américain, une conclusion s’impose. Le problème du Sénégal n’est ni l’hôtel de Rabat, ni l’accueil marocain, ni l’organisation d’une CAN pourtant considérée comme l’une des mieux préparées de l’histoire récente du continent. Le problème semble désormais beaucoup plus proche de Dakar que de Rabat.
Et cette réalité-là est sans doute la plus difficile à admettre.