Le parcours d’Omar Khayari donne l’illusion d’une trajectoire dense et polyvalente. À y regarder de plus près, il s’agit surtout d’une succession de tentatives de positionnement, sans projet durable ni ancrage réel. Engagement associatif, consulting, sport, politique, médias: tout a été essayé. Rien n’a véritablement tenu.
L’épisode associatif, avec la simple mention de l’initiative Moustaqil, s’est rapidement essoufflé. Présentée comme une réponse au problème des NEETs, l’initiative n’a jamais dépassé le stade du symbole. Elle disparaît sans bilan notable, servant surtout d’élément de langage dans un récit personnel déjà orienté image.
Vient ensuite le virage business. Khayari se positionne dans le conseil et la communication à travers sa société OB COM Stratégie & Communication, tout en se présentant en parallèle comme conseiller du président de la Fédération Royale Marocaine de Football, Fouzi Lekjaa, notamment sur les volets communication et relations internationales. Ce cumul nourrit un branding personnel fondé sur l’influence supposée, les réseaux et la proximité avec les centres de décision, bien plus que sur des réalisations tangibles.
La séquence médiatique suivante confirme ce décalage. En tant que cofondateur de Future Media Initiative, Khayari se retrouve associé à une polémique autour des influenceurs et de leur rôle dans les grands événements. Beaucoup de discours, peu de résultats. La CAN qui vient de se dérouler au Maroc se déroule sans dispositif structuré d’influenceurs, illustrant l’échec de cette approche et la limite d’un modèle fondé sur le bruit plutôt que sur l’organisation.
Sur le plan politique, l’impasse est nette. Après une tentative d’ancrage au sein du Parti Authenticité et Modernité, Khayari n’y trouve pas sa place et s’en retire. Ni courant, ni base, ni légitimité interne. Cet échec partisan ouvre la voie à une autre stratégie: le sport comme tremplin.
C’est dans ce contexte précis qu’intervient la présidence du Qods de Taza. Un club modeste, structurellement fragile, vivant presque exclusivement des subventions communales. Avant l’arrivée de Khayari, une enveloppe publique de 120 millions de centimes avait été promise par l’ancienne majorité municipale. Mais le changement à la tête de la commune entraîne une relecture des dossiers. La subvention est alors coupée. Officiellement, pour absence de résultats et de garanties de gestion. Officieusement, selon des élus locaux, parce que le club donnait le sentiment d’être instrumentalisé comme levier de positionnement politique, plutôt que porté par un projet sportif crédible.
La suite est connue. Sans subvention, sans partenariats structurants, sans investissement personnel visible, le club entre dans un déficit chronique, au point de peiner parfois à assurer son fonctionnement le plus élémentaire. Dans le même temps, son président se fait discret, souvent décrit comme injoignable. Le sentiment dominant est celui d’un club utilisé comme décor, puis laissé à lui-même une fois le tremplin devenu encombrant.
Aujourd’hui, le constat est brutal. Plus de parti. Plus de club. Plus de socle réel. Face à cette impasse, une autre mécanique s’est enclenchée: l’activation de relais médiatiques et de pages complaisantes, cherchant à imposer un récit de victimisation et de complot. Une stratégie de communication qui tente de masquer un fait simple: le projet n’a jamais dépassé l’ego. À Taza, cette agitation tardive produit surtout un rejet croissant, car elle arrive après les dégâts.
Le cas Khayari illustre une dérive plus large: l’instrumentalisation des équipes sportives comme tremplins personnels ou politiques. On s’en sert pour exister, se positionner, tester une stature. Puis, quand la réalité du terrain exige investissement et constance, on disparaît. Et l’on se retrouve, inévitablement, sans rien: ni club, ni parti, ni crédibilité. Le sport, lui, reste avec les factures, les joueurs et les supporters. Et c’est toujours lui qui paie l’addition.
Le contraste devient alors difficile à ignorer. Pendant qu’Omar Khayari s’affiche à Rabat en accueillant le célèbre streamer IShowSpeed, pour assister à la finale de la CAN, une séquence largement relayée et symboliquement forte en termes d’image, les adhérents du Qods de Taza vivent une toute autre réalité. Dans l’ombre de cette visibilité médiatique, ils se préparent à convoquer une assemblée générale extraordinaire, ultime tentative pour faire face à une crise devenue existentielle. Deux scènes parallèles, deux priorités opposées: d’un côté, la communication et l’exposition; de l’autre, un club local en détresse, contraint de se débrouiller seul pour survivre.