Le 13 octobre à Ceuta, puis le 14 octobre à Melilla, Felipe VI et la reine Letizia effectueront leur première visite officielle dans les deux villes autonomes depuis leur accession au trône. La Maison royale et le gouvernement espagnol ont confirmé simultanément les dates, après plusieurs semaines de spéculations et de consultations. La visite a été présentée comme un déplacement consensuel entre la Zarzuela et la Moncloa.
Mais un détail donne immédiatement une autre tonalité à l’événement. Pedro Sánchez ne devrait pas accompagner le couple royal. Le chef du gouvernement doit rester à Madrid le 13 octobre pour présider le Conseil des ministres, selon les informations rapportées par la presse espagnole.
Autrement dit, Madrid a choisi de dissocier la présence du chef de l’État de celle du chef du gouvernement.
Un choix institutionnel qui peut être lu comme une volonté de préserver la relation gouvernementale avec Rabat tout en permettant au souverain espagnol d’affirmer sa présence dans deux territoires dont le Maroc conteste la souveraineté.
Pour Rabat, le problème est évidemment ailleurs. La dernière visite royale à Ceuta et Melilla remonte à novembre 2007, lorsque Juan Carlos Ier et la reine Sofia s’étaient rendus dans les deux villes. La réaction marocaine avait alors été particulièrement virulente. Mohammed VI avait condamné la visite et Rabat avait rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultations.
L’épisode avait démontré une réalité que Madrid ne peut ignorer. Ceuta et Melilla ne sont pas de simples destinations protocolaires pour la monarchie espagnole.
Elles constituent le point de rencontre de trois lignes de fracture. La souveraineté, la frontière européenne et la relation stratégique entre Madrid et Rabat.
En 2007, la crise avait finalement été contenue. Mais elle avait suffisamment déstabilisé la relation bilatérale pour que Madrid et Rabat cherchent rapidement à rétablir le dialogue.
Et précisément pour cette raison, la visite pourrait être beaucoup plus sensible. Le déplacement intervient quelques semaines après la crise migratoire qui a frappé Ceuta à la fin du mois de juillet.
Les chiffres divergent selon les sources et selon les périodes de comptabilisation entre plus de 50 000 entrées et environ 48 000 retours annoncés par le gouvernement espagnol, tandis que d’autres sources ont avancé des chiffres plus élevés.
Ce qui ne fait pas débat, en revanche, c’est l’ampleur exceptionnelle de la crise et son caractère hautement politique.
Felipe VI s’était déjà exprimé sur la situation et avait appelé à une réponse face à ce qu’il considérait comme une situation inacceptable. Le déplacement à Ceuta et Melilla intervient donc dans un contexte où la frontière, la migration et la sécurité se trouvent déjà au centre de la relation hispano-marocaine. C’est ce qui donne à la visite une portée qui dépasse largement le protocole.
À Madrid, certains milieux diplomatiques et sécuritaires s’interrogent déjà sur la réponse que pourrait apporter Rabat.
Le précédent de 2007 constitue à cet égard moins une prédiction qu’un avertissement historique.