Restrictions des visas et campagnes de presse hostiles : les dessous des pressions « inamicales » de Paris sur Rabat

Entre la France et le Maroc, la crise couve depuis bientôt 3 ans. Lancinante, sournoise, mais présente dans l’esprit de tous, comme des braises ardentes sous un monticule de cendres, dont on a du mal à voir la rougeur, mais dont on ressent douloureusement la chaleur.

Et les dossiers épineux ne manquent pas et empoisonnent la relation entre les deux pays. D’après des sources bien informées à Rabat, la France mènerait une véritable « guerre des visas » au Maroc. Un conflit de « basse intensité » que l’Elysée aurait ordonné pour punir le Maroc. Des centaines de hauts cadres et d’hommes d’affaires marocains se sont vus refuser ces derniers mois les visas sans motivation.

« Les rejets des visas semblent très ciblés. Ils touchent des personnes en particuliers et qui répondent pourtant à tous les critères requis », s’étonne une source marocaine. Il y a quelques jours, les membres d’une délégation de l’OCP, géant mondial des Phosphates créé en 1920 par les Français, ont essuyé un refus net. Trois semaines plutôt, c’est la demande de visa d’un des conseillers du président du parlement marocain, troisième personnage de l’Etat, qui est sèchement retoquée.

Sur le front médiatique, le quotidien parisien Le Figaro accuse le Maroc de « se détourner ostensiblement de ses alliés traditionnel, trop timorés à son goût, et chercher de nouveaux soutiens ». Le Figaro, pourtant toujours bienveillant envers Rabat, va jusqu’à railler le royaume chérifien qui « s’imagine que tous ses alliés vont emboîter le pas des États-Unis ». Le journal français faisant référence à la reconnaissance par Washington de la marocanité du Sahara occidental.

Justement, c’est l’alignement de l’administration américaine sur les positions du Maroc en ce qui concerne le Sahara occidental et le nouveau tropisme atlantiste de Rabat qui fâche Paris, d’autant plus que le roi Mohammed VI a été très franc lors de l’un de ces derniers discours en exigeant une position plus audacieuse de ses plus proches alliés sur la question du Sahara occidental. Pour Rabat donc, l’ampleur des relations économiques doit avoir pour corollaire un positionnement clair sur l’intégrité territoriale du royaume.

Aujourd’hui, si L’Elysée multiplie les pressions « inamicales » sur Rabat afin de pousser le Maroc à « sauvegarder les intérêts économiques » de la France, les autorités chérifiennes semblent très flegmatiques au sujet des relations entre les deux pays.

Le royaume semble avoir fixé ses priorités et ses objectifs concernant ses alliances. Pour Rabat, la France demeure un allié de premier ordre dans tous les domaines, du sécuritaire à l’économique en passant par le militaire. « Mais, il ne s’agit plus de donner des cadeaux à ceux qui ne savent pas rendre la pareille », explique un ancien diplomate marocain à Maghreb-intelligence. « A l’Elysée, on ne semble pas comprendre que dans une monarchie le temps est calculé en générations et non en mandats électifs. La patience a toujours été une vertu royale », avertit un ancien ambassadeur français qui a été en poste dans la capitale marocaine.

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