Sous parapluie américain, le président Kaïs Saïed décidé à « réduire au silence » la Justice tunisienne  

Le procédé empeste les années Ben Ali. Grosses voitures, Descente musclée, violence injustifiée, destination inconnue…et disparition pendant deux jours sans informations aucune. Pour les militants et les cadres du parti islamiste d’Ennahda, l’arrestation de Noureddine Bhiri, vice-président de leur bureau exécutif rappelle de douloureux souvenirs.

L’ex-ministre de la Justice islamiste a été embarqué manu-militari par les hommes du ministre de l’Intérieur, Taoufik Charafeddine vers une centre de détention dans la région de Menzel Jemil au nord de la capitale Tunis. Quarante-huit heures après, la famille et les avocats du dirigeant d’Ennahda vont apprendre, que battu et maltraité,  il a fait un malaise et a été transporté dans un hôpital de la ville de Bizerte.

Lors d’une conférence de presse au style très bizarre, le ministre de l’Intérieur parle de « suspicion de terrorisme » et de« menace pour la sécurité nationale ». Dans un monologue rappelant les années noires de Ben Ali, Taoufik Charfeddine évoque une affaire où des passeports tunisiens, des certificats de nationalité et des extraits de naissance ont été remis, en 2013 à l’ambassade de Tunisie à Vienne, à des individus recherchés par la justice. Aucun détail n’est donné ni sur l’identité des personnes impliquées ni sur la nature de la menace terroriste. Un flou total.

Le ministre a juste cru bon  de signaler que « récemment, des mouvements suspects ont été observés, et il était impératif de prendre ces décisions ». Tellement impératif que les agents du ministère de l’Intérieur n’ont pas attendu le retour du parquet, saisi de l’affaire, pour procéder à l’arrestation. Le parquet aurait pris de temps pour traiter cette affaire, ce qui n’a pas été du goût du ministre de l’Intérieur qui a décidé de passer outre.

Le ministre a précisé qu’il a décidé de l’opération sans attendre le retour du parquet, saisi de l’affaire mais qui prenait, selon lui, trop de temps pour la traiter. Une diligence que certains jugent inquiétante et liberticide. D’autant qu’aucun élément n’étayant cette accusation n’a été rendu public, et que le ministère se refuse à tout autre commentaire.

Kaïs Saïed semble décidé à mettre sous sa coupe la Justice de son pays. Après avoir mis la main sur l’appareil sécuritaire et sur l’armée, le président élu s’est livré à un coup de force où il a suspendu la constitution et a « dissous » le parlement. Le pouvoir judiciaire lui échappant, il ne peut arriver à son dessein : mettre sur pied une république qui a comme seules institutions, celles qui lui font une allégeance totale.

Pour ce faire, le président Kaïs Saïed profite du parapluie américain, de l’indifférence de Paris et du soutien du Caire et d’Alger pour tourner la page de la révolution du jasmin.

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