C’était dans l’air depuis quelques semaines, le remaniement ministériel, promis par le chef du gouvernement à la Troïka pour garantir sa survie politique, est ainsi chose faite. Le pensionnaire de la Kasbah semble marquer des points sur son rival de Carthage, mais l’influence de Qalb Tounes et Ennahdha sur ce mercato ministériel affaiblit son autorité. Hichem Mechichi, en guerre contre Kaïs Saïed, s’est séparé des ministres du président pour les remplacer par des nouveaux éléments dont l’intégrité attise les interrogations.
Nombreuses sont les critiques émises contre la nomination de onze nouveaux ministres : absence de la gente féminine, soupçons de corruption et suspicions de conflit d’intérêt. Premier responsable contesté pour ses liens douteux avec Nabil Karoui, en prison pour blanchiment d’argent, Sofiane Ben Tounes, intronisé à la tête du ministère de l’Energie. De son côté, Ennahdha, récemment en désaccord avec Qalb Tounes, a réussi à replacer ses pions au sein du gouvernement, le mouvement émet des réserves sur certains noms.
La 15ème formation gouvernementale après la chute du régime Ben Ali en 2011, aura la lourde tâche de redresser un pays en perdition et de faire face à une colère populaire. Depuis le 14 janvier, date du dixième anniversaire de la révolution, les heurts entre les forces de l’ordre et les jeunes se multiplient dans plusieurs régions malgré le couvre-feu. De Tunis à Kasserine, la police fait recours à la force pour disperser les manifestants et déjouer toutes tentatives nocturnes de hold-up contre les banques et les commerces.
Face à cette vague de contestations sociales, les autorités préfèrent opter pour le silence. Le président de la République dit venir d’une autre planète, le chef du gouvernement, sous-tutelle, subit les pressions des partis partenaires et le titulaire du perchoir est, quant à lui, très préoccupé par manœuvrer selon les fins mercantiles de son parti. Pendant ce temps, le dialogue national tarde à se concrétiser, la situation risque de dégénérer et cet énième remaniement ministériel sera, sans aucun doute, stérile et ne permettra pas au pays de surmonter la crise politique, sociale et économique étouffante.