Comment Youssef Chahed a réussi à désactiver le président Béji Caïd Essebssi

Alors que toute la Tunisie fête le sacre de l’Espérance de Tunis face au National du Caire en finale de la Champions League africaine, le premier ministre Youssef Chahed a décidé de prendre son courage à deux mains et « assommer » le locataire du palais de Carthage.

En opérant un remaniement « unilatéral », choisissant de snober Béji Caïd Essebssi, le maître de la Kasbah a non seulement humilié le président de la république, mais a également démontré qu’il était résolu à le pousser vers la porte de la sortie. Juste de retour de sa visite en Mauritanie, le premier ministre a envoyé sa liste de nouveaux ministres à la présidence. Dans la foulée, il s’empressa de la rendre publique sans consulter la présidence au préalable. Une démarche qui a mis le chef de l’Etat hors de lui. Béji Caïd Essebssi, poussé dans ces derniers retranchements, fit savoir qu’il n’était pas d’accord avec Youssef Chahed.

Le lendemain, ses conseillers lui organisent une conférence de presse. Le locataire de Carthage est hors de lui. Il rouspète et affirme à qui veut l’entendre et le croire que son rang est plus élevé que celui de son premier ministre. Une vérité protocolaire qui ne trouve aucun écho au sein de la constitution, qui elle fait de Youssef Chahed le véritable maître des horloges. La conférence de presse de Béji Caïd Essebssi tourne donc au « fiasco médiatique ». Le vieil homme hausse la voix, mais se sait totalement désarmé. Si le nouveau gouvernement obtient l’onction parlementaire, il ne pourrait que le recevoir pour qu’il prête serment devant lui. Une situation inimaginable pour celui qui se considérait comme la seule alternative face au danger que pourrait constituer Ennahda.

Il faut dire que Youssef Chahed dispose aujourd’hui d’une « bonne main ». Il bénéficie du soutien intéressé des islamistes d’Ennahda, de la sympathie de la communauté internationale et des difficultés diplomatiques des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite, parrains déclarés de Caïd Essebssi. En plus, le premier ministre a pu engranger l’appui d’une cinquantaine de députés qui voient en lui l’homme de la situation. Une conjoncture qui pourrait lui donner des idées dans quelques mois. Affaire à suivre.

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