Les dessous de la stratégie algérienne pour prendre une part du gâteau libyen 

En pleine crise financière, l’Algérie a trouvé en Libye un nouveau débouché pour ses entreprises en grosses difficultés. Le marché libyen et les 200 milliards de dollars qui seront injectés pour reconstruire le pays font rêver l’Algérie. Les dirigeants algériens ont mis en place une nouvelle stratégie de lobbying pour s’assurer une part de l’immense gâteau libyen.
Une part qui pourrait ramener à l’Algérie de nouvelles recettes en devises, et pour ce faire les ministres algériens ainsi que plusieurs hauts responsables du régime d’Abdelaziz Bouteflika sont passés à l’attaque. Le mot d’ordre est simple : il n’est pas question de laisser les Occidentaux remporter tous les marchés de reconstruction de la Libye voisine. Mais comment faire ?
D’abord, l’Algérie a entamé une énorme opération de séduction auprès des dirigeants libyens du secteur de l’énergie, le premier secteur visé par Alger. Sonatrach et Sonelgaz ainsi que le ministère de l’Energie ont mis en place des cellules spécialement dédiées à la Libye avec pour mission d’établir un contact permanent avec les responsables libyens du secteur de l’Energie afin de les inviter régulièrement à des rencontres à Alger dans l’optique de leur proposer des contrats et des accords « gagnants-gagnants ».
Sonelgaz est déjà très avancée dans ses pourparlers avec la compagnie libyenne General electricity company of Libya (GECOL). La semaine passée à Alger, les responsables des deux sociétés ont entamé les négociations sur le raccordement électrique entre la Libye et l’Algérie. Ce projet permettra d’exporter de l’électricité en Libye et la Sonelagaz entrera ainsi pour la première fois sur le marché libyen. La Sonelgaz sera même sollicitée pour la construction de centrales électriques dans le pays.
Une aubaine que l’Algérie ne veut en aucun cas rater car elle permettra de trouver des solutions pour réduire les dettes de Sonelgaz qui s’élèvent à plus de 700 millions de dollars. Pour faire aboutir ce projet, l’Algérie bichonne les partenaires libyens. Tapis rouge à Alger pour les dirigeants libyens, des aides humanitaires  aux populations frontalières et surtout un rôle de médiateur très apprécié pour garantir la paix entre les diverses factions libyennes. 
 Pour ce faire, Alger déploie tout son réseau. Le DSS, la diplomatie et mêmes les confréries religieuses participent à cette stratégie au cours de missions spéciales régulières sur le territoire libyen à la rencontre des divers acteurs de la crise libyenne. En attendant, Sonatrach renforce encore ce lobbying en faisant miroiter aux libyens des accords alléchants. La compagnie algérienne, qui détient toujours sa filiale libyenne Sipex créée à l’époque du colonel Khadafi. Sonatrach et a réussi à conserver son appareil de forage, poursuit secrètement des négociations avec la compagnie pétrolière libyenne la National oil corporation (NOC) pour récupérer deux blocs d’exploitations à Ghadamès. L’actuel premier ministre algérien Ahmed Ouyahia, qui avait noué de nombreux contacts avec les factions libyennes lorsqu’il était chef de cabinet au palais d’El-Mouradia, travaille personnellement sur ce dossier et négocie avec les libyens davantage de blocs à exploiter en échange d’une meilleure assistance technique et politique. Face à une Egypte belliqueuse, l’Algérie conciliante plait de plus en plus en Libye. Mais le lobbying algérien sera-t-il suffisant pour s’offrir avec certitude une belle part du gâteau libyen ? Difficile de l’affirmer aujourd’hui encore, car les grandes puissances occupent également  une grande place sur l’échiquier politique de ce pays très complexe et largement divisé. 

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