Tunisie : le Parlement, une entrave au processus démocratique ?

Après une année intense en débats houleux, clash et désordre, les députés sont de retour depuis quelques semaines dans l’hémicycle du Bardo. Au vu des premiers éléments, cette seconde rentrée parlementaire de la mandature se dessine plus chaotique que prévu.

Impacté par la polarisation continue et le climat d’hostilité entre les partis politiques, le mercato parlementaire se poursuit au sein des blocs parlementaires. Les députés se sont trouvés une passion : faire du tourisme politique en pleine seconde mandature. En effet, s’il y a un blocage au Bardo, c’est nullement en raison des désaccords autour des projets de loi, mais simplement pour le positionnement mercantile de certains députés qui n’a rien à voir avec l’action parlementaire… Et ce n’est pas Rached Ghannouchi, titulaire du perchoir, qui donnera le bon exemple.

Le très controversé président du Parlement est contesté pour ses décisions “absurdes”. Affaibli par la crise interne au sein d’Ennahdha, Ghannouchi, sur un siège éjectable, s’est également attiré des ennuis avec l’opposition. Le bloc du Parti destourien libre (PDL), avec qui il est en conflit permanent, fustige “ses dépassements criants”. Pour Abir Moussi, figure du régime Ben Ali et présidente du PDL, “Ghannouchi a mis en place une institution fictive ne figurant pas dans le règlement intérieur, en l’occurrence l’institution de la présidence du Parlement”.

Outre les divisions politiques et les alliances inter-partisanes, le show et les dépassements en série sont quotidiennement au rendez-vous. Le carnaval des clashs à répétition s’est transformé en agressions physiques entre députés. Élus pour défendre un programme électoral et présenter des initiatives réformistes, les représentants du peuple sont devenus acteurs de scènes surréalistes. Au programme, régionalisme, homophobie et banditisme. Cette situation n’étonne plus grand-monde, le non-respect du code éthique non plus.

Dans ce climat hostile aux réformes, un collectif de vingt organisations non gouvernementales avait publié un manifeste pour contester “un contexte politique étouffant marqué par l’absence d’initiatives en faveur de la construction de l’État de droit et de la consolidation de ses institutions”. Alors que plusieurs projets de loi devront être discutés, notamment, celui de la Cour constitutionnelle et la loi de Finances complémentaires, le bureau de l’ARP privilégie des projets de loi controversés comme celui de la répression des atteintes aux forces armées et l’initiative législative de Al Karama pour amender le décret 116… Au Parlement, où règne le chaos, les débats sont stériles et les réformes tardent à se concrétiser.

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