Entre le 1 et le 5 septembre 2026, le Maroc a abrité une nouvelle session de formation contre les cancers de l’enfant au profit de médecins Africains*
Former davantage, mieux former, mais surtout une formation adaptée au contexte socio-cultuerl. En cancérologie pédiatrique, cette exigence dépasse désormais largement les frontières nationales.
Elle constitue l’un des enjeux majeurs de la lutte contre les cancers de l’enfant en Afrique, où les besoins restent considérables et où l’accès à une prise en charge spécialisée demeure profondément inégal.
À Rabat, le Diplôme Universitaire de Cancérologie Pédiatrique (DUCP) entend apporter une réponse durable à cette situation.
Porté par l’Université Mohammed V de Rabat et l’Université Paris-Saclay, avec l’implication du Groupe Franco-Africain d’Oncologie Pédiatrique (GFAOP), de la Sanofi Foundation, de la Société Marocaine d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique et de l’association L’Avenir, ce programme universitaire dépasse désormais le simple cadre de la formation médicale.
Son ambition est de contribuer à construire, en Afrique, des compétences capables de rester sur le terrain.
La dimension africaine du DUCP est aujourd’hui concrète : 130 professionnels provenant de 22 pays africains ont déjà bénéficié de cette formation.
Une dynamique qui donne à Rabat une place particulière dans le développement d’une expertise africaine en oncologie pédiatrique.
Sous la responsabilité de la Pr Laila HESSISSEN, professeur d’oncologie pédiatrique à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat, les enseignements associent connaissances théoriques, actualisation des pratiques, révision et évaluation.
La récente session des modules 2 et 3, organisée du 1er au 5 septembre à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat, en témoigne.
Les participants ont approfondi leurs connaissances sur plusieurs cancers pédiatriques majeurs : lymphomes, leucémies aiguës, néphroblastome, hépatoblastome, neuroblastome, tumeurs osseuses et tumeurs germinales malignes.
Mais derrière cette technicité médicale se trouve une ambition beaucoup plus large : renforcer durablement les capacités africaines à diagnostiquer, orienter et traiter les enfants atteints de cancer.
La philosophie du DUCP repose sur un constat simple, souligne la Pr Laila HESSISSEN : dans les pays à ressources limitées, le déficit de professionnels suffisamment formés constitue encore un obstacle majeur à une prise en charge de qualité.
Former un médecin à reconnaître précocement un cancer, à orienter correctement un enfant, à appliquer les protocoles adaptés et à travailler au sein d’une équipe multidisciplinaire constitue donc un investissement durable.
Cette approche marque une évolution importante de la coopération médicale.
Il ne s’agit plus seulement d’envoyer ponctuellement des experts, du matériel ou des médicaments.
Il s’agit de transférer des compétences et de créer des capacités locales.
C’est précisément ce qui donne au DUCP sa portée africaine.
L’implication du GFAOP, qui dispose d’une expérience importante dans le développement des compétences et des réseaux de soins en oncologie pédiatrique en Afrique, contribue à inscrire le diplôme dans une dynamique de coopération régionale.
L’enseignement bénéficie également d’une ouverture internationale associant expertise marocaine, française et africaine.
Cette diversité permet de confronter les recommandations scientifiques internationales aux réalités des différents systèmes de santé.
Car les connaissances médicales sont universelles, mais leur application ne peut ignorer les réalités locales : disponibilité des spécialistes, accès aux examens diagnostiques, médicaments, équipements, ressources hospitalières et organisation des soins.
La formation ne suffit pas
La Pr Laila HESSISSEN rappelle cependant une évidence essentielle : former ne suffit pas.
Pour transformer les connaissances en soins, il faut des infrastructures, des équipements, des médicaments accessibles, des équipes multidisciplinaires et des réseaux de soins organisés.
Le DUCP intervient donc sur un maillon essentiel de la chaîne : les compétences humaines. Mais ce maillon doit être relié à tous les autres pour que l’enfant bénéficie réellement d’une prise en charge de qualité.
Cette réalité donne également tout son sens au partenariat avec la Sanofi Foundation et les autres acteurs engagés dans cette initiative.
Le soutien aux populations vulnérables peut désormais prendre une autre dimension : au-delà du financement ponctuel, il peut contribuer au renforcement des compétences, à la structuration des équipes et à la construction de capacités durables.
L’engagement de la Sanofi Foundation en Afrique s’est notamment illustré à Rabat en 2023 par une conférence panafricaine consacrée aux cancers de l’enfant, organisée avec le GFAOP.
Cette dynamique s’inscrit dans l’objectif mondial d’améliorer fortement la survie des enfants atteints de cancer à l’horizon 2030.
Cette vision est notamment portée par Dr Isabelle Villadary, de la Sanofi Foundation, qui est un médecin de formation et spécialiste en santé publique, engagée dans l’amélioration de la prise en charge des jeunes et des enfants confrontés à des maladies sévères, notamment les cancers de l’enfant en Afrique.
Cette évolution pose une question stratégique : le Maroc peut-il devenir davantage qu’un partenaire de coopération médicale et s’affirmer comme une véritable plateforme africaine de formation ?
Ses facultés de médecine, ses CHU, ses spécialistes et son expérience croissante de la coopération sanitaire avec les pays africains lui donnent plusieurs atouts.
Le DUCP constitue à cet égard une expérience particulièrement intéressante.
Sa vocation n’est pas simplement de former des médecins au Maroc, mais de permettre à ces professionnels de retourner dans leurs pays avec des compétences susceptibles de renforcer leurs propres systèmes de santé.
Et l’impact commence déjà à se mesurer sur le terrain.
Entre 2014 et 2025, de nouvelles unités d’oncologie pédiatrique ont été créées au Maroc et dans plusieurs pays africains par des lauréats du DUCP de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat.
*Cette donnée donne au diplôme une dimension concrète* .
Une formation prend toute sa valeur lorsque les connaissances acquises quittent les amphithéâtres pour rejoindre les hôpitaux, les équipes et les enfants.
L’avenir du DUCP pourrait désormais dépasser le nombre de professionnels formés.
L’enjeu est de consolider un réseau de lauréats, de favoriser les échanges d’expérience, de développer des collaborations entre équipes et de permettre aux professionnels africains de rester connectés après leur formation, indique Dr Isabelle Villadary.
Autrement dit, passer progressivement du diplôme au réseau.
Un tel réseau pourrait devenir un espace permanent de partage de connaissances, de discussion de situations complexes, de coopération scientifique et de soutien entre professionnels confrontés aux mêmes difficultés.
C’est peut-être là que réside la véritable ambition du DUCP : contribuer à faire émerger une expertise africaine en oncologie pédiatrique, construite avec les Africains et adaptée aux réalités africaines.
Pour les enfants atteints de cancer, l’enjeu dépasse largement les frontières universitaires.
Derrière chaque médecin formé, chaque équipe renforcée et chaque unité créée, il y a potentiellement un diagnostic plus précoce, une orientation plus rapide, un traitement mieux adapté et, au bout de la chaîne, une chance supplémentaire pour un enfant de survivre à son cancer.
À Rabat, la formation médicale prend ainsi une nouvelle dimension : elle devient un instrument de coopération africaine, de transfert de compétences et de renforcement des systèmes de santé.
C’est peut-être ainsi que Rabat peut contribuer à écrire une nouvelle page de la lutte africaine contre le cancer de l’enfant, tiennent à préciser Pr HESSISSEN et Dr VILLADARY