Six semaines de silence. Depuis le 22 juillet, aucun Conseil de gouvernement ne s’est réuni à Rabat, une anomalie dans le rythme institutionnel marocain, où ce rendez-vous hebdomadaire fait office de baromètre de l’action exécutive. Cette parenthèse inhabituelle touche à sa fin. Le prochain Conseil est fixé au 10 septembre. Mais loin d’annoncer un simple retour à la normale, cette échéance pourrait marquer l’ouverture d’un bras de fer entre les deux piliers de la majorité gouvernementale, le RNI et le PAM.
La date n’est pas neutre. Le 10 septembre coïncide avec le coup d’envoi de la campagne électorale des législatives, un contexte qui transforme chaque décision gouvernementale en enjeu de rapport de force. C’est dans ce climat sous tension qu’un dossier explosif s’apprête à atterrir sur la table du Conseil : une série de nominations à de hauts postes de l’administration.
Le casus belli des nominations
Selon des sources concordantes, une liste de nominations, portée pour l’essentiel par des ministres du PAM, aurait été rejetée par Aziz Akhannouch. Motif invoqué. L’imminence de la campagne électorale rendrait ces désignations politiquement inopportunes.
Un argument que le parti du Tracteur ne semble pas prêt à avaler. Dans les rangs du PAM, la décision est perçue comme un désaveu, voire une manœuvre déloyale. La formation dirigée par Abdellatif Ouahbi estime que les nominations relevant de ses propres portefeuilles ne sauraient être suspendues au bon vouloir électoral du chef du gouvernement et de son parti.
Derrière l’habillage administratif, c’est une bataille bien plus large qui se joue, celle du contrôle de l’appareil d’État à la veille d’un scrutin déterminant.
Deux partis, deux agendas électoraux
Les équilibres internes de la majorité, déjà fragiles depuis plusieurs mois, semblent aujourd’hui à un point de rupture. Le RNI d’Akhannouch cherche à verrouiller sa position dominante et à préserver son avance avant les urnes. En face, le PAM entend capitaliser sur sa présence gouvernementale et sur les leviers administratifs qu’il contrôle pour peser davantage dans la campagne à venir.
Dans ce contexte, les nominations aux hauts postes ne relèvent plus de la simple gestion administrative, elles deviennent un terrain d’affrontement politique à part entière, où se joue l’influence de chaque parti sur l’appareil d’État.
L’ironie de la situation n’échappe à personne : à l’heure où l’Exécutif devrait afficher unité et sérénité face à l’échéance électorale, c’est la campagne elle-même qui s’invite en fauteuil au Conseil de gouvernement. En choisissant de geler certaines nominations au nom de la « neutralité électorale », Akhannouch pourrait bien obtenir l’effet inverse de celui escompté. Attiser les tensions plutôt que les désamorcer.
Le Conseil du 10 septembre s’annonce ainsi comme bien plus qu’une simple rentrée gouvernementale. Ce pourrait être le premier test de résistance de la majorité avant la bataille électorale, un test qui, cette fois, ne se jouera pas uniquement sur les estrades de campagne, mais bien autour de la table du Conseil.