Les chiffres du commerce extérieur ne mentent pas, et ceux-ci dessinent une tendance nette. Entre 2022 et 2025, le volume total des échanges commerciaux (exportations et importations confondues) entre les États-Unis et le Maroc a bondi de 37 %. Dans le même temps, les échanges entre Washington et Madrid ont, eux, reculé de 4 %. Un contraste qui ne doit rien au hasard et qui traduit un basculement stratégique assumé par l’administration américaine dans cette partie de la Méditerranée occidentale.
Ce basculement ne date pas de la crise actuelle autour de Ceuta, contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier regard. L’intérêt croissant porté par Washington au Maroc, au détriment de l’Espagne, était déjà perceptible avant que les tensions autour de l’enclave espagnole ne viennent braquer les projecteurs sur le détroit de Gibraltar. Les chiffres du commerce bilatéral viennent aujourd’hui confirmer, noir sur blanc, une dynamique amorcée de longue date.
L’année 2022 sert de point de comparaison, et pour cause, elle constitue un record historique pour les échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Espagne, avec près de 50 milliards de dollars, soit plus de 43 milliards d’euros. Depuis, ce volume s’est nettement contracté, malgré un rebond observé en 2025. Un signal parmi d’autres d’un désintérêt commercial relatif de Washington pour Madrid, au moment même où Rabat voit sa relation économique avec les États-Unis se densifier.
Au-delà des seuls volumes, c’est la nature même des échanges qui évolue. La relation commerciale entre Washington et Rabat ne se limite plus aux secteurs traditionnels. Elle s’oriente de plus en plus vers des domaines stratégiques et à forte valeur ajoutée, signe d’un partenariat qui se structure en profondeur plutôt qu’en simple hausse conjoncturelle des volumes échangés. Une évolution qui s’inscrit dans la continuité du rapprochement politique et sécuritaire construit ces dernières années entre les deux pays.
Cette recomposition commerciale s’accompagne, selon plusieurs observateurs, d’un changement plus large dans les priorités de l’administration Trump concernant la zone du détroit de Gibraltar. Le Maroc y apparaît de plus en plus comme l’interlocuteur privilégié de Washington sur la rive sud, tandis que l’Espagne, historiquement pivot de cette région pour les intérêts américains, voit sa position relative s’éroder.