L’aveu est venu, cette fois, d’un adversaire déclaré. Depuis le forum ADEA à Huesca, Javier Tebas, président de la Ligue de football professionnel espagnole, a lâché ce que beaucoup en Espagne redoutaient tout haut sans oser le dire : « Sauf surprise, elle aura lieu au Maroc. » Une phrase lapidaire, presque résignée, qui vaut aveu de défaite anticipée dans la course à l’organisation de la finale de la Coupe du monde 2030.
Venant d’un homme peu suspect de sympathie pour le Royaume, la déclaration mérite d’être soulignée. Tebas, dont les sorties médiatiques flirtent régulièrement avec la polémique, n’a pourtant pas cherché à enjoliver son propos par des considérations sportives. Il s’est plutôt lancé dans une explication alambiquée, mêlant procès d’intention et allusions à peine voilées, pour justifier ce qu’il perçoit visiblement comme une injustice.
Le président de la Fédération marocaine est ministre et membre de la FIFA, a-t-il rappelé, avant d’ajouter une pique acerbe visant l’instance internationale, accusée selon lui d’avoir annulé un carton rouge lors du dernier Mondial parce qu’on l’appelle Trump, une référence à peine masquée aux zones d’ombre entourant la gouvernance de Gianni Infantino. Une manière, pour le dirigeant espagnol, de suggérer que le choix du Maroc relèverait davantage de rapports de force politiques que de mérite sportif ou organisationnel.
Sauf que cette lecture peine à convaincre. Si le Maroc s’impose aujourd’hui comme le site privilégié pour accueillir l’apothéose du Mondial 2030, c’est avant tout parce que le Royaume a construit, patiemment et méthodiquement, un dossier que ni l’Espagne ni le Portugal n’ont su porter avec la même constance. Infrastructures sportives de dernière génération, stabilité politique, expérience confirmée dans l’organisation de grands événements continentaux et mondiaux, et une diplomatie sportive offensive qui a fini par convaincre les instances internationales bien au-delà des seuls calculs politiques.
Tebas lui-même a fini par lâcher, presque malgré lui, un constat révélateur : « Tout cela est très étrange : nous avons commencé avec l’Espagne et le Portugal, puis le projet s’est orienté vers l’Amérique du Sud, pour finalement y inclure le Maroc. » Un aveu en creux qui trahit surtout le sentiment d’un dossier ibérique dépassé, incapable de s’imposer face à la montée en puissance marocaine dans l’organisation du tournoi tripartite.
Tentant malgré tout de sauver la face, le dirigeant espagnol a préféré relativiser l’enjeu. « Le football est bien plus qu’une finale de Coupe du monde, et je préfère la gagner plutôt que d’accueillir la finale. » Une pirouette qui sonne davantage comme un lot de consolation que comme une véritable conviction, tant l’organisation de la finale d’un Mondial reste, pour n’importe quelle nation candidate, un symbole de prestige et de reconnaissance internationale que l’argent et le discours ne suffisent pas à remplacer.
Au-delà de la polémique suscitée par les propos de Tebas, c’est bien la trajectoire du Royaume qui s’impose comme l’élément central de ce dossier. En quelques années, le Maroc est passé du statut de candidat malheureux à plusieurs éditions de la Coupe du monde à celui de pièce maîtresse d’une organisation tripartite historique aux côtés de l’Espagne et du Portugal, au point d’être aujourd’hui pressenti pour en accueillir le point d’orgue.
Une ascension qui ne doit rien au hasard, et que même ses contempteurs les plus acerbes, à l’image de Javier Tebas, peinent désormais à contester frontalement, se contentant d’en interroger les coulisses plutôt que d’en remettre en cause la légitimité.