À la veille du vote crucial prévu jeudi au Parlement européen sur la crise migratoire de Ceuta, le Maroc a choisi la voie de la transparence plutôt que celle du silence. Dans une lettre adressée à plusieurs eurodéputés et rendue publique mardi, la mission du Royaume auprès de l’Union européenne et de l’OTAN a réaffirmé, noir sur blanc, son engagement à réadmettre l’ensemble des personnes concernées par l’arrivée massive survenue fin juillet à Ceuta, ressortissants marocains, mineurs non accompagnés et ressortissants de pays tiers confondus.
« Compte tenu de la nature exceptionnelle, de l’ampleur et de la complexité de cette situation regrettable, le Maroc s’est engagé à réadmettre toutes les personnes concernées », précise le courrier, envoyé avant le débat qui s’est tenu ce mardi en séance plénière à Strasbourg sur « les récentes attaques hybrides et l’instrumentalisation des migrants à Ceuta ». Une démarche que certains eurodéputés ont voulu présenter comme une tentative de pression, mais qui relève en réalité d’une pratique diplomatique tout à fait ordinaire. Informer les décideurs européens, en amont d’un vote sensible, des faits tels qu’ils sont établis.
L’élément le plus significatif de cette séquence n’est pourtant pas venu du Maroc, mais de l’Espagne. Le courrier marocain rappelle, sans détour, que le gouvernement espagnol a publiquement reconnu que les informations dont il dispose ne permettent pas d’établir que le Royaume serait à l’origine de cette arrivée massive d’environ 80 000 personnes. Madrid a même salué la « coopération rapide et active » de Rabat, laquelle a permis d’organiser le retour de la grande majorité des migrants dans des délais record, une prouesse logistique et diplomatique que peu de pays auraient pu accomplir face à un afflux d’une telle ampleur en si peu de temps.
Le texte marocain rappelle également, chiffres à l’appui, l’ampleur de l’effort constant fourni par le Royaume en matière de gestion migratoire. Plus de 75 000 tentatives de franchissement irrégulier déjouées chaque année, 227 000 sur la période 2023-2025, et plus de 1 050 réseaux de trafic d’êtres humains démantelés sur la même période. Des résultats qui témoignent d’un partenariat sécuritaire solide et durable avec l’Union européenne, bien loin de l’image d’un Maroc qui « instrumentaliserait » les flux migratoires que certains cherchent à imposer dans le débat européen.
La lettre marocaine pose une interrogation à laquelle, en toute logique, aucun de ses détracteurs n’a su apporter de réponse convaincante. Quel intérêt le Royaume aurait-il eu à provoquer délibérément une crise majeure avec l’Espagne et l’Union européenne, alors que l’UE demeure son premier partenaire économique et que les relations bilatérales n’ont cessé de se renforcer ces dernières années ? Le document va plus loin en soulignant l’incohérence de l’accusation d’une manœuvre volontaire survenue précisément le jour de la Fête du Trône, moment symbolique où le Royaume célèbre ses acquis, un calendrier qui contredit toute logique de déstabilisation préméditée.
Le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, a lui-même reconnu devant l’hémicycle que « le Maroc s’est engagé à les accepter », qualifiant l’épisode de Ceuta de test pour l’Union tout en plaçant la priorité sur le renvoi effectif des personnes concernées, validant ainsi, de fait, la position marocaine.
Le débat de Strasbourg a surtout mis en lumière les divisions internes à l’Union européenne plus qu’une quelconque défaillance marocaine : le Parti populaire européen souhaite pointer du doigt la responsabilité de Rabat dans la gestion des frontières, tandis que les sociaux-démocrates plaident pour la collaboration et refusent toute logique de confrontation avec un partenaire jugé indispensable. Dans ce contexte de tensions politiques internes à l’UE, le Maroc apparaît moins comme l’accusé que comme le partenaire stable et coopératif sur lequel l’Europe continue, malgré les polémiques, de s’appuyer pour la gestion de ses frontières extérieures.
Le vote de ce jeudi dira si le Parlement européen choisit de reconnaître cette réalité factuelle, corroborée par Madrid elle-même, ou s’il cède à une lecture politisée d’un dossier où le Maroc a, à chaque étape, démontré sa disponibilité et sa transparence.