Le scénario se dessine avec une précision suspecte. Fouzi Lekjaa, l’homme qui tient les cordons de la bourse du Royaume et orchestre le chantier pharaonique du Mondial 2030, serait sur le point de se jeter dans l’arène partisane. Les salons feutrés de Rabat bruissent d’une même rumeur. Des tractations musclées viseraient à le parachuter sous les couleurs du PAM à Oujda, son fief de l’Oriental. Mais le vrai coup de théâtre se joue ailleurs, son nom circule déjà, avec une insistance troublante, pour le poste de Chef du gouvernement.
Dans la grammaire politique marocaine, ce type de mise en avant soudaine ressemble moins à une consécration qu’à un piège soigneusement tendu. La question s’impose donc, sans détour. Qui a intérêt à propulser ce grand commis de l’État sous les projecteurs pour mieux l’y brûler ? Le précédent Akhannouch est là pour instruire le dossier. Super-technocrate protégé à l’Agriculture pendant des années, sa projection au premier rang de la politique politicienne a déclenché une usure fulgurante, jusqu’à son retrait forcé de la présidence du RNI début 2026. La primature, au Maroc, n’est pas un tremplin, c’est un paratonnerre, et souvent un broyeur.
Tant que Lekjaa reste dans sa tranchée technique, il est intouchable. L’exposer à la primature, c’est vouloir transformer un artisan d’État en fusible politique.
Le mobile, lui, ne manque pas. L’empire de Lekjaa est devenu colossal et il le sait. Maître incontesté de la Direction du budget, poids lourd au Conseil de la FIFA et à la CAF, et désormais à la tête de la Fondation Maroc 2030, cette super-structure créée par la loi pour piloter des milliards d’investissements et les chantiers titanesques du Mondial. Cette concentration de pouvoir réel, loin des postures électorales, fait des jaloux. Une classe politique traditionnelle, éclipsée et impuissante, observe avec une rancœur croissante cet homme qui règne sans jamais se salir les mains dans la boue des scrutins.
À l’heure où le Maroc s’apprête à entrer dans l’histoire avec la Coupe du Monde, il ne peut pas se permettre de sacrifier ses rares profils capables de piloter des chantiers d’une telle envergure. Pourtant, un adage bien rodé à Rabat veut que le premier nom bruyamment propulsé dans la presse pour un poste de premier plan soit précisément celui que des forces de l’ombre cherchent à cramer. En agitant le spectre de ses ambitions politiques supposées, ces cercles anonymes n’ont qu’un objectif : arracher Lekjaa à ses dossiers pour le précipiter dans le piège électoral et consumer sa crédibilité bien avant les grandes échéances de 2030.
Le compte à rebours est lancé. La manœuvre, elle, est déjà en cours.