Cher Boualem Sansal, j’ai lu votre lettre avec émotion, j’y ai trouvé la voix d’un homme libre, qui refuse les murs de la haine et croit encore à la force de la raison. Vos mots ne s’adressent pas seulement aux Marocains, ils interpellent toutes les consciences du Maghreb.
Il est des textes qui dépassent le tumulte de l’actualité pour entrer dans le temps long de l’Histoire. Votre lettre cher frère Boualem Sansal adressée aux Marocains appartient à cette catégorie rare. Elle n’est ni un manifeste politique ni un simple témoignage personnel. Elle est un appel à la conscience, une invitation à réhabiliter la mémoire et à redonner au Maghreb l’espérance qu’il semble avoir perdue.
En s’adressant au peuple marocain comme à un peuple frère, vous aviez bien voulu rappeler une vérité que les crises diplomatiques ne pourront jamais abolir : les États défendent leurs intérêts, mais les peuples portent une mémoire commune.
À cette lettre, le Maroc répond avec sérénité, sans triomphalisme et sans rancœur.
Car il est des vérités historiques qui n’ont nul besoin d’être amplifiées ; elles s’imposent par leur seule force.
Lorsque le peuple algérien livrait sa bataille héroïque pour son indépendance, le Maroc, sous la conduite visionnaire de Feu Sa Majesté Mohammed V, fit le choix de la solidarité absolue. Son territoire devint une terre d’accueil pour les responsables de la Révolution algérienne. Son peuple partagea les sacrifices de ses frères. Sa diplomatie porta la voix de la cause algérienne sur la scène internationale. Son soutien politique, logistique et humain demeure inscrit dans les pages les plus nobles de l’histoire contemporaine du Maghreb.
Le Royaume ne demanda jamais de récompense. Parce que la liberté d’un peuple frère ne se négocie pas ; elle se défend.
Après l’indépendance, Feu Sa Majesté Hassan II continua de croire que la grandeur du Maghreb résidait dans son unité. Malgré les crises, malgré les incompréhensions et malgré les blessures, il ne cessa de défendre la perspective d’un avenir commun, convaincu que le destin de Rabat et d’Alger était indissociable.
Aujourd’hui, cette même constance inspire l’action de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Depuis son accession au Trône, le Souverain n’a cessé, dans plusieurs discours adressés à la Nation, de lancer des appels explicites à l’apaisement, au dialogue sincère et à la réouverture d’une nouvelle page dans les relations Maroco-algériennes. À plusieurs reprises, il a affirmé que le Royaume souhaitait l’ouverture des frontières, la normalisation des relations et l’instauration d’un dialogue direct, franc et responsable avec les dirigeants algériens. Il a rappelé que le Maroc ne considère jamais l’Algérie comme un adversaire, mais comme un partenaire naturel, lié par la géographie, l’histoire, la culture et un destin commun.
Cette continuité est remarquable, de Mohammed V à Hassan II, puis à Mohammed VI, une même conviction traverse les générations : il ne peut y avoir de Maghreb fort sans une entente sincère entre le Maroc et l’Algérie.
Les discours peuvent diverger. Les circonstances peuvent évoluer. Mais la constance de cette main tendue demeure.
C’est précisément ce qui donne une portée particulière à vos mots lorsque vous écriviez que « les gouvernements passent, les peuples demeurent ».
Cette phrase résume peut-être le plus grand défi de notre époque : préserver les liens entre les peuples lorsque les relations entre les Etats connaissent des périodes de tension.
Le peuple marocain n’a jamais cessé de considérer le peuple algérien comme un peuple frère.
Des familles vivent de part et d’autre de la frontière. Une histoire commune, une langue, une civilisation, des traditions et des combats partagés continuent de nous unir bien davantage que les différends ne nous séparent.
Le véritable défi de notre région n’est pas de savoir qui a raison ou qui a tort, le véritable défi est de rendre au Maghreb sa vocation historique : devenir un espace de stabilité, de prospérité, d’intelligence et de coopération, au bénéfice de plus de cent millions de citoyens.
Les générations futures nous jugeront moins sur nos désaccords que sur notre capacité à les dépasser.
L’Histoire, quant à elle, retiendra une réalité incontestable : le Maroc fut aux côtés de l’Algérie lorsqu’elle luttait pour sa liberté. Il demeure aujourd’hui fidèle à cette même philosophie de fraternité, en continuant d’appeler au dialogue, à la réconciliation et à la construction d’un avenir commun.
La lettre de Boualem Sansal pour moi, n’est donc pas seulement une adresse aux Marocains. Elle est un rappel salutaire que les peuples du Maghreb ont rendez-vous avec leur histoire. Et cette histoire ne s’écrira ni dans la défiance ni dans l’oubli, mais dans la fidélité à une mémoire partagée et dans le courage de tendre la main.
Car les frontières peuvent séparer les territoires. Elles ne sépareront jamais les consciences. Et les peuples qui ont combattu pour la même liberté trouveront toujours, dans la vérité de leur histoire, les raisons de se retrouver.