Inauguré en grande pompe en 2012 après une rénovation à plusieurs centaines de millions de dirhams, le Jardin zoologique national de Rabat devait incarner le Maroc moderne. Un espace dédié à la conservation des espèces, à la recherche scientifique, à l’éducation environnementale et au loisir familial. Treize ans plus tard, le constat est implacable, puisque ce qui devait être une vitrine est devenu un symbole de défaillance.
Longtemps, la communication officielle a tenté de masquer les difficultés. Une naissance exceptionnelle par-ci, l’arrivée d’une espèce rare par-là, autant d’annonces largement relayées pour entretenir l’image d’un établissement en pleine réussite. Derrière cette vitrine soigneusement entretenue, la réalité semblait pourtant bien différente.
Il aura suffi qu’un youtubeur espagnol et défenseur de la cause animale, Mario Xtrauss, pousse les portes du zoo pour que les images fassent voler en éclats ce récit bien huilé. Sa vidéo montre des enclos inadaptés, des installations dégradées, des bassins à l’eau stagnante, des déchets laissés à la portée des animaux et des conditions de vie qui interrogent sérieusement le respect des standards élémentaires du bien-être animal.
Les séquences sont difficiles à regarder. Un ibis jouant avec un morceau de plastique, des points d’eau envahis par des déchets organiques en décomposition, des animaux évoluant dans des espaces manifestement mal entretenus. Des images qui contrastent brutalement avec les ambitions affichées lors de la renaissance du parc.
Comment un projet aussi coûteux a-t-il pu en arriver là ? Comment un établissement censé contribuer à la préservation d’espèces menacées, à la recherche scientifique et à la sensibilisation du public donne-t-il aujourd’hui une telle impression d’abandon ?
Ces questions renvoient inévitablement à la gouvernance du Jardin zoologique. Depuis plusieurs années, Salma Slimani en assure la direction générale. Les critiques portent sur un décalage croissant entre la communication institutionnelle et l’état réel des infrastructures et des conditions d’accueil des animaux. Pour nombre d’observateurs, la priorité aurait progressivement glissé vers la recherche de recettes et de fréquentation, au détriment des missions fondamentales d’un parc zoologique moderne.
Mais réduire cette situation à la seule responsabilité de la directrice générale serait tout aussi réducteur. Le ministère de l’Agriculture, autorité de tutelle, ne peut échapper aux interrogations. Comment les mécanismes de contrôle ont-ils pu laisser une telle dégradation s’installer ? Où étaient les audits, les inspections et les mesures correctives ?
L’affaire dépasse désormais le simple cadre d’un établissement public. Elle pose la question de la gouvernance, de l’utilisation des fonds publics et de la capacité des autorités à garantir le respect des engagements pris en matière de protection animale.
Ironie de l’histoire. Le zoo de Rabat semble aujourd’hui replonger dans les travers qui avaient précipité la chute de l’ancien zoo d’Aïn Sebaâ à Casablanca avant sa profonde restructuration. Comme si, malgré les centaines de millions investis, l’histoire se répétait.
Le scandale ne réside plus seulement dans les images diffusées sur les réseaux sociaux. Il est dans l’écart vertigineux entre les promesses affichées et la réalité observée. Et cet écart appelle désormais des réponses, pas de nouveaux communiqués de communication.